La Recherche Fondamentale, Parent Pauvre de L’austérité

Lettre ouverte au Ministre de l’Éducation, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du Québec,  Monsieur François Blais,

Monsieur le Ministre,

Parmi les dommages collatéraux peu apparents de cette ère d’austérité galopante, la recherche fondamentale souffre en silence. La recherche fondamentale n’a que rarement un impact à court terme perceptible.  Pourtant, sans un questionnement profond des bases de la connaissance, le dynamisme de notre créativité technologique, de nos avancées scientifiques, et de nos percées médicales est menacé de stagnation à moyen et long terme. Il y a déjà plusieurs années qu’on perçoit un certain déclin dans l’appui des grands organismes subventionnaires québécois et canadiens à la recherche fondamentale/théorique.

Dans ce domaine, l’austérité est déjà bien installée. Cette austérité déjà prévalente semble causée par de subtiles pressions du milieu politico-économique, comme on l’a constaté lors des derniers grands sommets sur l’enseignement et la recherche universitaire. Cela se fait au profit d’une recherche plus ciblée et plus directement susceptible d’avoir rapidement un impact social, technologique, ou économique. C’est donc une recherche que l’on peut « justifier » beaucoup plus facilement. En instrumentalisant ainsi naïvement la recherche à des fins utilitaires immédiates, on néglige de préserver un sain équilibre dans l’infrastructure de recherche québécoise globale. D’autre part, il est peu surprenant de s’attendre à ce que les répercussions de cette nouvelle dynamique ne se fassent manifestement ressentir qu’avec un certain retard. Lorsque cet impact deviendra indéniable, la côte à remonter sera probablement très grande, et le coût pour ce faire risque d’être prohibitif. Il ne faut donc pas attendre d’avoir constaté un échec marqué de ces politiques, avant de tirer la sonnette d’alarme.

Un autre aspect inquiétant de ce désengagement marqué en recherche fondamentale est la formation de la relève. Lorsqu’on coupe dans le support à la recherche dans un domaine, les premiers à quitter le navire sont les étudiants et les jeunes chercheurs. En effet, faute de support financier adéquat, les étudiants à la maîtrise et au doctorat se réorientent naturellement vers des domaines mieux financés. Bien entendu, il en va de même des jeunes chercheurs qui en sont à circonscrire leurs domaines de recherche. La mutation s’opère donc rapidement pour la formation de la relève. Or, les compressions auxquelles on assiste depuis plusieurs années ne reposent pas sur une profonde réflexion concernant une réorientation « désirée » de notre infrastructure de recherche. En fait, elles menacent grandement l’avenir de la relève en recherche fondamentale au Québec, et donc l’avenir de notre société du savoir. Une raison de plus de tirer avec vigueur sur la proverbiale sonnette d’alarme.

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